A La Conquête du Caucase, by Eric Hoesli

Jim’s Reading Corner is a reading list to stimulate debate in which our Secretary-General Jim Cloos analyses and reviews books of interest to Europe. From the unique perspective of a lifetime EU practitioner, Jim gives his comment on books, articles, long-reads, and more – and tackles the leading issues of the day. Today’s book is “A La Conquête du Caucase”, by Eric Hoesli.

Un ouvrage extraordinaire par un journaliste suisse. Il nous fait découvrir la géographie et l’histoire du Caucase (125 sommets au-dessus de 4000 m, 12 plus hauts que le Mont Blanc) et décrypte les enjeux géostratégiques de la région, en se fondant sur des recherches méticuleuses et une capacité d’analyse et de synthèse fort peu commune. Comme l’écrit Bernard Guetta (France Inter) : « La force de ce livre est si grande que cette époque s’anime sous nos yeux. Les pays deviennent images, reportages dans le passé. La plume se fait voix, voix off, sobre et retenue… ».

Dans l’introduction, Hoesli parle d’un tableau qu’il a trouvé par miracle dans un vieux chalet suisse au sommet d’un col ; il s’agit du tableau de la reddition, après 30 ans de combat, de l’imam CHAMIL auprès du général en chef des forces russes, le prince Bariatinski le 25 aout 1859. Le croquis en a été fait par un jeune Allemand, Theodor Horschelt, qui voyageait avec l’armée russe.

Le livre se compose de 6 tableaux couvrant les 19e et le 20e siècles.

  1. Les Russes A La Conquête De La Tchétchénie Et Du Daghestan

Nous parlons ici du côté est du Caucase, vers la mer Caspienne. Cette partie raconte l’histoire incroyable de CHAMIL (un Avar, une des 5 principales nations du Daghestan) , qui à partir de 1834 prend la tête de la rébellion contre la Russie tsariste qui a éclaté dans années 20; celle-ci avance ses pions vers le sud et a réussi à franchir le Caucase à la fin du 18e siècle, mais sans vraiment contrôler les régions du versant nord du Caucase. La situation dans ces territoires reste instable. Au nord, dans les plaines et le long des puissants cours d’eau qui dévalent de la montagne, les Cosaques assurent la défense de l’empire russe. Mais les peuplements daghestanais sur le versant du Caucase restent incontrôlables. Dès 1816, Alexandre Ier nomme le général ERMOLOV, vétéran des guerres napoléoniennes, à la tête de l’armée du Caucase. Il emploie la manière forte : encerclements, avancées méthodiques, destructions des aouls (villages), déboisement systématique, représailles sanglantes. L’année 1825 est particulièrement noire pour les populations tchétchènes et daghestanaises. Le nouveau tsar, Nicolas Ier, congédie Ermolov en 1826. Chamil devient le troisième imam des Murides à la même époque, après la mort au combat de ses deux prédécesseurs. Il met en place un véritable état islamiste avec des institutions centralisées et la charia ;  il se place résolument sous la bannière de l’islam combattant  et mène une guerre sainte (ghazawat). En août 1839 il a failli se faire arrêter par le général Grabbe lors de la prise de la forteresse d’Akhoulgo ; il réussit à s’enfuir au dernier moment. Mais son fils aîné (Djemal-Eddine) est livré en otage aux Russes qui l’accueillent avec les honneurs. Nous allons voir que l’histoire n’est pas finie…

L’influence de Chamil est au zénith dans les années 1840 ; on le nomme le Abd el Kader du Caucase. Il tient un certain nombre de forteresses puissantes. La tsar nomme Vorontsov comme commandeur suprême, avec un objectif : tuer Chamil. Mais l’expédition toure au cauchemar ; il perd le tiers de ses troupes. C’est alors que les Russes adoptent une autre stratégie : non plus les attaques frontales et meurtrières, mais une politique de consolidation patient des avancées, le déboisement systématique pour priver les combattants rebelles de couverture, et un système d’auto administration dans les territoires conquis. C’est plus intelligent et cela donne des résultats plus probants. Mais l’éclatement de la guerre de Crimée qui oppose la Russie à la coalition tripartite entre la Turquie, la France et l’Angleterre, vient bousculer les choses. Chamil sent les Russes sur la défensive. Il en profite pour faire un coup d’éclat, en organisant un raid sur les terres d’une riche famille en Tchétchénie qui est du côté des Russes ; il enlève la princesse Tchevtchavadze et une partie de sa famille et offre de les échanger contre son fils. L’échange a bien lieu, au moment où s’éteint à Pétersbourg Nicolas Ier. L’histoire ne se termine pas bien pour Djema-Eddine : il ne se réhabituera jamais au mode de vie avar et sombre dans la dépression ; il mourra en 1859. Alexandre Dumas écrit : « Chamil n’avait retrouvé son fils que pour le reperdre une seconde fois. »

Oui, Alexandre Dumas ! Il faut dire que Chamil est très populaire en Occident à ce moment-là puisque il combat les Russes. Il sera un peu le « bon sauvage » de Rousseau. Le héros de la liberté. Les pièces de théâtre sur lui prolifèrent, c’est un vrai phénomène de mode. Le rédacteur en chef de la Gazette de Tiflis (russe) trempe sa plume dans le venin pour écrire : « Par cette chamilovanie ridicule, on exalte lé génie militaire et administratif de Chamil, on poétise sa ferveur religieuse, on démontre qu’il ne suit que les desseins de la Providence…pour libérer les peuples caucasiens et transcaucasiens du « pénible » joug russe. … et on finira par livrer le Caucase aux Turcs… ; pour votre propre confort, chers Français, ne cherchez pas à observer Chamil de trop près ! »

La défaite russe en Crimée conduit paradoxalement au renversement de la fortune de Chamil : la défaite libère les troupes russes employées en Crimée, le fait que même la défaite militaire en Crimée n’ait pas conduit à libérer le Caucase de l’emprise russe décourage les rebelles, et le traité de Paris qui met fin à la guerre est silencieux concernant les territoires du Caucase. Les Russes reprennent vite l’initiative ; Alexandre II nomme le compte Bariatinski à la tête de l’armée du Caucase et celui-ci réussit à capture le lion du Caucase à Gounib le 25 août 1859. Les Russes vont le traiter très bien. L’armée du Caucase lui rend un vibrant salut, puis le promène à travers la Russie dans une tournée triomphale où il se fait acclamer, et enfin on organise une rencontre avec le tsar et avec le terrible Ermolov, avant de l’installer dans un confortable exil à Kalouga.(En 1870 le tsar l’autorise à aller en pèlerinage à la Mecque et il s’éteindra à Medina.)

Les Russes croient avoir définitivement gagné la guerre du Caucase. Ils se montrent magnanimes : libre exercice de l’islam, diminution des impôts, charia pour les tribunaux locaux. Mais ils déchanteront vite. Les naïbs de Chamil continuent le combat. Le mouvement zikaïste s’étend sous l’égide du Ghandi caucasien Kounte-Hadji ; il se fait arrêter, et cela remet de nouveau le feu aux poudres…

  • Croisade Pour La Circassie (Contre la Russie, le « grand jeu » britannique dans la Caucase)

Le récit de la guerre d’influence du côté ouest du Caucase, en Circassie ou Tcherkessie, met au centre un Ecossais un peu fou qui devient l’ami et le justicier des Tcherkesses, David URQUHART, auteur secret d’une « déclaration d’indépendance » circassienne en décembre 1835. Avec son activisme infatigable, il met Lord Palmerston sous pression.  Il n’arrête pas d’établir un lien entre le contrôle russe sur le Caucase et la menace russe sur l’Inde anglaise ; c’est le Great Game. La Russie entame sa conquête de la Circassie en 1820 (elle se terminera en 1860). Quand on parle des Circassiens (ou Adyguéens), on inclut les Tcherkesses de montage, des Tcherkesses de la plaine (les Kabardes), des Chapsoughs sur la côte de la mer Noire, des Oubykhs, des Abkhazes plus au sud en Géorgie. Le comte Paskevitch développe une stratégie d’isolement en verrouillant la ligne nord le long du Caucase, sur la tracé du fleuve Kouban, et en organisant au sud un blocus naval le long des côtes et un ensemble de fortifications.

 Urquhart se trouve à ce moment à Constantinople. Lui qui avait soutenu les Grecs dans leur lutte d’indépendance contre les Ottomans, tombe amoureux des Turcs et plaide pour une alliance avec l’empire ottoman, notamment dans le Caucase. Il organise des petits débarquements sur la côte techerkesse. Pourtant le sort juridique avait été scellé dans le traité d’Andrinople de septembre 1829 qui met fin à la guerre perdue par les Turcs. Ce traité avait rendu les Tcherkesses perplexes : comment la Turquie peut-elle céder à la Russie des terres qu’elle ne possédait pas ?!

Contrairement à ce qui se passe à l’est du Caucase, les Tcherkesses n’ont aucune structure centralisée. Mais sous l’égide des Britanniques, une union des peuples Tcherkesses se met en place. Urquhart crée un drapeau pour la république de l’Adygué. Une forme de guerre froide s’installe. Londres hésite face à l’activisme d’Urquhart, qui promet aux Tcherkesses le soutien actif des Anglais dans leur rébellion contre les Russes.

La guerre de Crimée qui éclate en octobre 1853 semble offrir une nouvelle chance puisque les Anglais et les Turcs sont alliés face aux Russes. Les Russes ont obligés de lever le blocus naval des côtes Tcherkesses. Mais les Tcherkesses refusent de porter la guerre à l’intérieur de leurs terres ; ils attendent d’être aidés par l’Angleterre et la Turquie, pas l’inverse. L’occasion qui s’offrait pour l’indépendance Tcherkesse est perdu, en raison des tergiversations de Londres et Constantinople, et des réticences Tcherkesses à rouler pour ces puissance étrangères. Comme indiqué plus haut, le traité de Paris ne mentionne pas le Caucase et en fait limite les ambitions britanniques dans la région. Napoléon III joue au médiateur plutôt qu’à l’allié. Le rêve d’une union des Circassiens avec les Tchétchènes voire les Svanes et les Ossètes s’écroule. Quand Chamil tombe au Daghestan, les Russes jettent toutes leurs forces contre les Tcherkesses dont beaucoup sont contraints à l’exil en Turquie et les plaines du Don. Les autres restent sous le contrôle des Cosaques.

  • L’assaut Des Sommets (Alpinistes européens dans la course à l’exploitation du Caucase)

Dans la seconde moitié du 19e siècle, le Alpine Club britannique avait comme slogan : « Go to the Caucasus ».  L’Elbrouz (5642 m)  attire les convoitises et est vaincu. D’autres sommets suivent. Les Britanniques sont partout, épaulés par des guides savoyards et suisses. L’hospitalité sur place varie ; elle est meilleure au nord du Caucase chez les musulmans qu’au sud, notamment chez les Svanes chrétiens dont la réputation est exécrable. La tragédie du Koshtan-Tau où plusieurs Britanniques perdent la vie met fin à la suprématie britannique. Les Anglais se tourent vers l’Himalaya. C’est les Allemands qui prennent la relève dans le Caucase. Ils coopèrent avec l’administration russe ; les Russes ne s’intéressent pas à l’alpinisme. L’Allemagne nazie tirera plus tard profit des connaissances accumulées par les alpinistes allemands sur la région.

  • Le Svastika Flotte Sur L’elbrouz ( La percée du Troisième Reich dans le Caucase et ses conséquences)

Dans leur quête éperdue pour le pétrole de Bakou (et de Grozny et de Maikop) les Nazis décident de tenter le passage par la partie centrale du Caucase, ce qui semble a priori impossible. En tout cas les Soviétiques ne s’y attendent pas du tout. C’est l’opération EDELWEISS. Les Allemands prennent d’assaut les cols stratégiques ; cela se passe trois mois avant le début de grande bataille de Stalingrad. Ils redescendent le versant sud du Caucase et s’approchent de la côte abkhaze, risquant de prendre à revers les forces principales de l’armée soviétique.  Ils sont finalement stoppés à 20 km de la côte. La contre-offensive soviétique s’engage, les Allemands sont repoussés et doivent repasser le Caucase dans l’autre sens. Des batailles épiques ont lieu à plus de 4000 m, dans des conditions effroyables.

Les Allemands sont plutôt bien reçus par les peuples du Caucase qui se sont depuis toujours rebellés contre la mainmise russe. Au sein du gouvernement allemand le débat fait rage entre plusieurs écoles quant au traitement de la question du Caucase : Rosenberg veut scinder ces territoires de la Russie et établir des états tampon autour de la Géorgie. Erich Koch, Reichskommissar d’Ukraine, plaide pour la méthode brutale appliquée en Ukraine, avec massacres et pogroms et tout. A eux s’opposent le comte Clauds Schenk von Stauffenberg, Otto Braütigam , ancien Consul allemand à Kharkov et à Tiflis, Canaris, le chef de la Abwehr, qui se fondent sur la vision développée par Theodor Oberländer et qui consiste à traiter les Caucasiens comme de vrais alliés contre les Russes. Ils obtiennent l’accord de Hitler de tenter l’expérience en septembre 1942 ; la gestion du Caucase est dès mors confiée à la Wehrmacht, et pas les SS. En réalité, sur le terrain, on suit tantôt i-une approche, tantôt l’autre. Mais bientôt, la question se résorbe d’elle-même puisque les Soviétiques repoussent les Allemands vers l’ouest.

  • Le Prix De L’opposition Au Régime Soviétique (Déportations massives)

Même avant la fin de la guerre, les Soviétiques se vengent sur les peuples caucasiens accusés de connivence avec les nazis. Les Kalmykes sont déportés en masse dès décembre 1943. Les Tchétchènes et les Ingouches suivent dès le 23 février 1944. En mars c’est le tour des Balkares. Des centaines de villages sont rasés. Une traînée de sang et de désolation s’étend sur la région. …

  • Huile Noire Et Drapeau Rouge (La lutte pour le contrôle des richesses pétrolières)

Le Rush Vers l’or Noir : 1875-1919

Tout commence avec les feux de Zarathoustra à Baku. Ils attirent du monde, beaucoup de monde. Y compris les frères NOBEL à partir de 1875. C’est l’époque où Mendeleev travaille sur l’or noir. Les Siemens sont en Géorgie. En Amérique, STANDARD OIL des Rockefeller (plus tard ESSO puis EXXON) devient de plus en plus puissante. Les Nobel fondent la BRANOBEL à Bakou ; une entreprise plutôt progressiste d’ailleurs. Les Rothschild accourent aussi pour avoir leur part du gâteau. Ils s’allient à un modeste vendeur de coquilles , Marcus Samuel : ce sera le début de la SHELL. Ils établissent le premier lien ferroviaire entre Bakou et Batoumi, le port en eau profonde. Les Nobel répliquent avec un pipeline qui court en parallèle au chemin de fer. En 1884, Bakou produit 10,8 million de barils (c’est un tiers de la production américaine). La Russie en 1900 produit 66,7 millions de barils, soit plus de 50 % de la production mondiale. La Royal Dutch fusionne avec Shell. Les Britanniques s’activent en Perse et créent BP. L’Allemagne devient l’adversaire commun des Anglais et des Russes ; c’est la fin du Grand jeu, du moins pour le moment.

En 1905, cataclysme à Bakou : des grèves éclatent. L’agitation gagne du terrain, encouragée par les Bolcheviks. Les Russes sont battus par les Japonais. La BRANOBEL a des difficultés, suite à la mort du frère ainé.  C’est alors qu’a lieu le 6 février un violent pogrom anti-Arménien qui entraîne chaos et destructions massives. La production de pétrole s’effondre, les Rockefeller jubilent. A ce moment-là, la Russie tsariste commet une erreur stratégique : après la découverte de gisements nouveaux de charbon dans le Donbas, elle abandonne l’option pétrolière pour le transport et revient au charbon. (1907ss). Puis arrivent la Guerre mondiale, la Révolution d’octobre, la guerre civile. Les Arméniens, soutenus par les Bolcheviks, se vengent : pogroms contre les Azéris. Les Anglais s’agitent. McDonnel est envoyé à Bakou pour empêcher que l’Allemagne et la Turquie ne mettent la main sur le pétrole. Ils organisent un putsch raté contre les Soviétiques. Mais peu après ils obtiennent le départ des 26 Commissaires soviétiques qui se réfugient en Asie centrale et qui y sont exécutés dans des circonstances qui restent non élucidées. Les Anglais débarquent leurs troupes le 4 août 1918 (Dunsterville). Mais 60.000 Ottomans approchent de Bakou. Les Anglais se sauvent. Nouveaux massacres contre les Arméniens. Mais les Turcs doivent repartir après la défaite allemande. Les Anglais reviennent en force. Ils soutiennent un Azerbaïdjan indépendant et faible. La production de pétrole repart, sous le contrôle des Britanniques. Mais une fois de plus, comme après la guerre de Crimée, les ‘alliés’ français s’opposent aux visées trop ambitieuses des Anglais ; ils refusent un mandat britannique pour l’Azerbaïdjan. Les Anglais évacuent Bakou le 24 août 1919. Les Bolcheviques occupent la ville en avril.

 Retour au Grand Jeu Apres 1991

Un nouveau grand jeu commence après 1991. Les majors accourent de nouveau car : potentiel de production élevée/ bonne qualité du pétrole local/ états riverains peu peuplés/ manque de technique et de capitaux. Eltchibey devient maître  de l’Azerbaïdjan en 1992. Il est pro-occidental et rompt avec la Russie ; il refuse de rejoindre la CEI. Les Américains (CLINTON) ont plusieurs objectifs : Isoler l’Iran/ éviter l’emprise chinoise/ faire reculer l’influence russe (pourtant « alliée »). Cela affecte évidemment la façon dont on va essayer d’exporter le pétrole vers l’Europe et ailleurs. La voie la plus simple serait via l’Iran. Véto absolu des USA. La voie russe est la second meilleure option : passage par Novorossisk, avec évidemment le goulet d’Istamboul. Mais les Américains n’aiment pas l’option russe . Donc on se rabat sur une troisième option, assez lourde et compliquée : le projet BTC, un pipeline Bakou-Tbilissi- Ceyhan (1767 km) sur la Méditerranée. C’est un projet géopolitique plus qu’économique (même les majors américains sont réticentes).  La Banque Mondiale et le FMI, poussés par les USA, se précipitent pour financer le projet.

Les Russes réagissent à leur manière : le 13 janvier 1993, Eltchibey est renversé et remplacé par Aliev, un ancien apparatchik soviétique. En Géorgie, quelque chose de semblable se passe : le nationaliste Gamsakhourdia doit céder sa place à Chevarnadze. Les deux nouveaux dirigeants vont pourtant décevoir les attentes de Moscou et jouer leur propre jeu. Ils manœuvrent assez habilement entre les camps. L’Azerbaïdjan, Le Turkménistan et le Kazakhstan s’opposent à la Russie et l’Iran concernant la mer Caspienne : ils la considèrent comme une mer intérieure, les Russes la considèrent comme un lac international. (Selon la définition choisie, les règles d’attribution de la souveraineté des eaux changent). Aliev prend les devants : en 1994, première historique : l’AIOC reçoit de la part des Azéris une concession au milieu de la mer Caspienne. Les Russes protestent mais assez mollement. Car Aliev a eu l’intelligence d’inclure dans le consortium LUKOIL. Et de négocier avec les oligarques russes du pétrole.

Les Américains acceptent qu’on exporte du pétrole via Novosibirsk en attendant la complétion de la BTC. Mais pour continuer à garder le contrôle sur les Russes on ressuscite le GUAM (Géorgie, Ukraine, AZ, Moldova) comme système de sécurité collective, on aide militairement la Géorgie (BTC est complété en 2002 et démarre en 2006). En Géorgie, Chevardnadze commence à inquiéter, à cause de la corruption, de son jeu trouble entre Russie et Occident. La Banque mondiale et le FMI ferment les robinets du financement à la Géorgie. L’opposition est mené par un jeune homme déterminé, formé aux USA, Saakashvili. Le soir de l’élection (premier tour), la Fondation Free Elections et Global Strategy Group publient, avant l’annonce des résultats officiels, leurs chiffres des « résultats », qui donnant une nette victoire à l’opposition. Le chiffre réel qui sort plus tard donne en fait une avance claire au gouvernement, avec 39% des voix. Des manifestations éclatent un peu partout , et la « révolution des roses » est en marche. Chevarnadze doit se retirer. Saakashvili prend le pouvoir. Les vannes occidentales  s’ouvrent ; les Américains financent un cinquième du budget. L’UE s’y met, le FMI, la BM. Et on commence à parler de faire entrer la Géorgie (et l’Ukraine) dans l’OTAN…  

Le livre se termine ici ; L’histoire, non, comme nous le savons.

Continue Reading...